Biographie thérapeutique vs biographie familiale : 5 différences

Entre biographie familiale et biographie thérapeutique, la confusion est fréquente. Pourtant, ces deux formes de récit de vie sont très différentes.

Date
29.01.2026
Temps de lecture
6 min
Carnet de note pour écrire sa biographie
Carnet de note pour écrire sa biographie
Partager cette page :
Le lien a été copié !

Écrire sa biographie, raconter l’histoire de sa vie, mettre des mots sur ce qui a été vécu : derrière ces expressions se cachent souvent des démarches très différentes. Entre biographie familiale et biographie thérapeutique, je remarque que la confusion est assez fréquente. Pourtant, ces deux formes de récit de vie n’ont ni la même intention, ni la même posture, ni les mêmes effets sur la personne qui écrit.

À l’heure où l’on parle de plus en plus de thérapie narrative, de thérapie par l’écriture, ou même d’écrire pour guérir, je vous propose de clarifier ce qui distingue un récit destiné à transmettre d’un récit destiné à transformer. Voici les 5 différences fondamentales entre biographie familiale et biographie thérapeutique, pour choisir en conscience la démarche qui vous correspond…

1. L’objectif : transmettre une mémoire ou se réconcilier avec son histoire ?

Lorsqu’une personne souhaite écrire son histoire, savez-vous quelle est la première question qu’un·e biographe va lui poser ? « Racontez-moi votre parcours » ? Eh bien, non ! Elle va plutôt lui demander « Pour quoi souhaitez-vous écrire ? », car c’est précisément cet objectif initial qui va orienter profondément la forme du récit, son contenu et ses effets.

La biographie familiale : transmettre et conserver

La biographie familiale répond avant tout à une volonté de transmission. Le narrateur souhaite conserver une mémoire, raconter l’histoire de sa vie pour qu’elle ne se perde pas. Ce type de récit s’adresse aux enfants, aux petits-enfants ou aux proches. Le livre autobiographique chercher à leur transmettre des valeurs, des recettes, des souvenirs, une culture familiale…

La biographie familiale vise à préserver des faits, des repères chronologiques, des souvenirs marquants. Elle incarne le devoir de mémoire pour certains, notamment dans des périodes marquées par les guerres. Pour d’autres, elle permet d’expliquer les racines, de situer une trajectoire individuelle dans une histoire collective, familiale ou sociale.

La biographie thérapeutique : comprendre et se réconcilier

La biographie thérapeutique a une tout autre visée en réalité. Elle ne cherche pas à transmettre, mais à poser des mots sur des maux et à faire sens pour soi. Raconter devient ici un espace d’exploration intérieure, un moyen de relier les expériences vécues, de reconvoquer des souvenirs structurants parfois oubliés. Le récit permet de comprendre l’impact des événements sur les choix, les relations et sur l’estime que le narrateur se porte.

Dans cette démarche, raconter l’histoire de sa vie n’est pas une fin en soi. Le récit devient un simple outil, qui suit un processus d’apaisement ou de transformation intérieure pour se réconcilier avec sa propre histoire.

2. Le lectorat : écrire pour les autres ou écrire pour soi ?

Derrière chaque récit se cache une question centrale : à qui s’adresse ce texte ? Qui va lire ces mots ? Les lecteurs connaissent-ils le narrateur ?

Biographie familiale : un récit pensé pour les lecteurs

Dans la biographie familiale, l’écriture est orientée vers un lectorat (souvent plus jeune), qui connaît le narrateur et l’apprécie. Même si l’émotion est largement présente grâce aux descriptions sensibles, le récit est structuré pour être lu, compris, transmis. On veille à la fluidité, à la cohérence chronologique, parfois à une forme narrative proche du roman. On peut aussi compléter le récit par des rappels historiques pour remettre l’histoire dans le contexte et permettre aux lecteurs de saisir pleinement l’expérience décrite, sans jugement anachronique.

L’objectif est de livrer un témoignage fidèle qui puisse traverser le temps et être partagé.

Biographie thérapeutique : un récit adressé à soi

À l’inverse, la biographie thérapeutique est d’abord un texte adressé à soi-même. La personne qui écrit est à la fois narratrice, témoin et destinataire du récit. Les descriptions sensibles n’ont pas pour but de faire imaginer au lecteur, mais bien de refaire vivre le souvenir pleinement au narrateur.

Dans cette perspective, écrire n’a pas pour but de produire un texte publiable. Il s’agit plutôt d’un processus vivant qui permet de déposer, questionner, revisiter des expériences. On ne cherche pas le regard des autres à l’extérieur, on vient plutôt puiser en soi dans les relations existantes qui nous ont nourris.

3. Les moyens : raconter des souvenirs ou tisser une identité globale ?

La différence entre biographie familiale et biographie thérapeutique se joue aussi dans la manière d’aborder les souvenirs.

Biographie familiale : narrer des aventures

La biographie familiale s’appuie sur des faits marquants : dates importantes, événements fondateurs, rencontres, réussites, épreuves. Ces souvenirs sont organisés de manière linéaire, comme les chapitres d’un récit d’aventures.

Cette forme de récit permet de donner une vision claire d’un parcours, elle n’est pas nécessairement là pour laisser place à l’exploration du vécu intérieur.

Biographie thérapeutique : relier actions, relations et valeurs

Dans la biographie thérapeutique, les souvenirs et les émotions liées ne sont jamais racontés uniquement pour eux-mêmes. Ils deviennent des portes d’entrée vers une compréhension plus fine : qu’est-ce que cet événement dit de mes valeurs ? De mes besoins ? De mes ressources ?

On revit alors son histoire en ajustant de nouvelles lunettes pour voir les faits différemment et en honorant tout ce que la vie nous a apporté. L’élaboration psychique se fait au fur et à mesure que le récit se tisse.

Cette démarche, proche de la thérapie narrative, cherche à tisser des liens entre les actions, les relations, les contextes et les choix. Le récit n’est plus seulement descriptif : il devient interprétatif, réflexif, porteur de sens et d’apaisement.

Ecriture dans un cahier de notes

4. L’intention : répéter une histoire connue ou explorer les autres récits de soi ?

Biographie familiale : figer une histoire dominante

Dans une biographie familiale, l’histoire racontée est souvent déjà connue. Elle s’appuie sur des récits répétés au fil du temps qui construisent une image cohérente et déroulent un fil rouge dominant.

Ces récits contribuent à une identité familiale, basée sur des piliers forts. Quand l’histoire revêt des événements douloureux, elle peut cependant enfermer la personne dans une version unique et partielle de son histoire.

Biographie thérapeutique : faire émerger des récits alternatifs

La biographie thérapeutique, elle, s’intéresse particulièrement aux anecdotes oubliées, aux moments considérés comme insignifiants, aux détails passés sous silence. Dans une logique d’écriture thérapie, ces fragments deviennent précieux.

Explorer ces zones négligées permet de faire émerger des récits alternatifs, souvent porteurs de ressources, de résistances, de compétences insoupçonnées. Ce travail narratif soutient la reconstruction de l’estime de soi et ouvre de nouvelles perspectives identitaires.

5. La posture : témoigner du passé ou transformer le présent ?

Biographie familiale : relater ce qui a été

La biographie familiale regarde majoritairement vers le passé. Elle témoigne d’un parcours, d’une époque, d’un contexte. Une fois écrite, l’histoire est souvent considérée comme achevée, immuable car figée dans le temps.

Cette posture est précieuse pour une mémoire collective sans filtre, sans jugement. Elle permet de faire revivre aux descendants une époque qu’ils n’ont pas connue, comme on regarderait un film en noir et blanc, dans la peau de l’acteur principal.

Biographie thérapeutique : redonner du pouvoir d’agir aujourd’hui

La biographie thérapeutique adopte une posture radicalement différente. Elle s’inscrit dans le présent et vise le mouvement. En racontant autrement ses histoires, la personne peut reprendre du pouvoir d’agir, transformer sa relation à certains événements et surtout modifier la manière dont elle se perçoit.

Dans cette perspective, écrire pour guérir ne signifie pas effacer le passé, mais le revisiter pour en changer le sens et les effets actuels. Dans l’approche thérapeutique narrative, on dit même qu’ « il n’est jamais trop tard pour avoir une belle enfance… »

Biographie thérapeutique et thérapie narrative : des liens étroits

La biographie thérapeutique s’inspire en effet largement des principes de la thérapie narrative, autrement appelée Les Pratiques Narratives. Cette approche considère que nos identités sont façonnées par les histoires que nous nous racontons sur nous-mêmes.

En travaillant le récit de vie, en nommant différemment les expériences, en mettant en lumière les valeurs et les intentions, l’approche narrative permet de desserrer l’emprise des récits dominants et limitants.

L’écriture devient alors un espace sécurisé pour explorer, questionner et transformer son histoire.

Écrire pour guérir : ce que permet la biographie thérapeutique

Souvent, l’écriture est préconisée pour se soulager, pour aller mieux comme si elle relevait d’une catharsis miraculeuse et incontrôlée. C’est pourtant oublier que l’effet thérapeutique de l’écriture nécessite un narrateur (celui qui raconte), une narration (parole ou écrit) et un narrataire (celui qui écoute ou qui lit). Lorsque l’on écrit dans un journal intime sans narrataire, le risque de basculer dans le ressassement d’idées noires est donc réel.

Au contraire, dans une biographie thérapeutique accompagnée, le récit est bel et bien reçu par un·e biographe (narrataire) qui permet la prise de recul. L’écriture est structurée, progressive et respectueuse du rythme de la personne.

Cette forme d’écriture thérapeutique permet notamment :

  • de clarifier des expériences confuses ou douloureuses ;
  • d'exprimer des émotions tues ;
  • de restaurer une continuité dans le récit de vie ;
  • de renforcer l’estime de soi;
  • de redonner une place aux ressources personnelles;
  • d’ouvrir des perspectives nouvelles pour l’avenir.

En résumé : deux démarches, deux usages du récit de vie

La biographie familiale et la biographie thérapeutique répondent à des besoins profondément différents. L’une transmet une mémoire, l’autre transforme la relation à son histoire.

Choisir entre ces deux formes de récit de vie, c’est se demander non seulement ce que l’on souhaite raconter, mais surtout pourquoi, pour quoi et pour qui on écrit.

Partager cet article :
Le lien a été copié !
Audrey Deniaud
Biographe et praticienne narrative

Découvrez d’autres articles

Voici une sélection d’articles qui pourraient également vous intéresser pour poursuivre votre exploration :

Il n'y a aucun élément à afficher.
Aucun résultat disponible.

Vous avez un projet ? Parlons-en

Un appel suffit pour clarifier votre besoin ou votre projet.